Biologie Maroc
Pétrographie sédimentaire · S3 · Chapitre 6 sur 8

Les roches chimiques et biochimiques non carbonatées

Lecture : 13 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Au-delà des roches détritiques et carbonatées, le module couvre un ensemble de roches chimiques et biochimiques à part entière : évaporites, roches siliceuses, phosphatées et carbonées. Moins volumineuses à l'échelle du globe, elles ont pourtant un intérêt économique considérable et un mode de formation très spécifique, régulièrement interrogé aux examens.

1. Les évaporites

Les évaporites résultent de la précipitation de minéraux par évaporation intense de saumures dans un milieu confiné et sursaturé (lagune, sebkha, lac salé, mer intérieure). Leur précipitation suit un ordre de solubilité croissante : les carbonates précipitent en premier, suivis du gypse puis de l'anhydrite (sulfates de calcium), et enfin de l'halite (chlorure de sodium), la plus soluble, qui ne précipite que dans les stades ultimes de concentration. Ces roches se forment sous climat aride ou semi-aride, dans des bassins à faible renouvellement d'eau, et constituent d'importants gisements de sel et de sulfates.

Cet ordre de précipitation reproduit la séquence de concentration progressive d'une eau de mer qui s'évapore : chaque minéral apparaît lorsque son seuil de saturation propre est atteint, ce qui explique la disposition en séquences répétitives, parfois observées en alternance avec de fines couches argileuses correspondant à des épisodes de dilution. Ces séries évaporitiques renseignent directement sur la restriction du bassin et sur l'aridité du climat au moment du dépôt.

2. Les roches siliceuses

Les roches siliceuses sont composées majoritairement de silice (SiO₂), d'origine biochimique le plus souvent : la diatomite résulte de l'accumulation de frustules de diatomées (algues unicellulaires à squelette siliceux), la radiolarite de tests de radiolaires (protozoaires planctoniques), et les spongolites de spicules d'éponges. Le silex, quant à lui, est un nodule de silice microcristalline formé le plus souvent par diagenèse (silicification), en remplacement d'un précurseur carbonaté, à l'intérieur de formations calcaires.

3. Les roches phosphatées

Les roches phosphatées se forment par précipitation ou fixation biologique de phosphate de calcium (apatite), généralement en contexte de marges continentales soumises à des remontées d'eaux profondes riches en nutriments (upwellings), favorables à une forte productivité biologique. Elles se présentent en grains (pellets phosphatés), en nodules ou en gisements stratiformes. Le Maroc possède l'une des plus importantes réserves mondiales de phosphates sédimentaires, formés dans ce type de contexte au cours du Crétacé supérieur et du Paléogène, ce qui donne à ce groupe une portée économique particulière dans le programme marocain.

La forte productivité biologique associée à l'upwelling fournit une abondante matière organique qui, en se décomposant, libère du phosphore dans les eaux interstitielles ; ce phosphore précipite alors sous forme d'apatite dans les sédiments de la marge, souvent en alternance avec des niveaux carbonatés ou siliceux. Cette association étroite entre productivité océanique et phosphogenèse explique la localisation des grands gisements le long de marges continentales actives à forte remontée d'eaux profondes.

4. Les roches carbonées

Les roches carbonées résultent de l'accumulation et de la transformation de matière organique végétale en milieu généralement confiné et pauvre en oxygène (milieu réducteur), ce qui limite sa dégradation complète. La tourbe, stade initial peu évolué, se transforme progressivement, sous l'effet de l'enfouissement et de l'augmentation de température et de pression (houillification), en lignite puis en houille (charbon), avec un enrichissement progressif en carbone et une perte d'eau et de matières volatiles.

5. Les roches résiduelles

Les roches résiduelles se forment sur place, sans transport significatif : les produits d'altération les moins mobiles s'accumulent au fur et à mesure que les éléments les plus solubles sont évacués en solution. La bauxite, riche en hydroxydes d'aluminium, et la latérite, riche en oxydes et hydroxydes de fer, se forment ainsi par altération intense (latéritisation) sous climat tropical humide, avec un lessivage poussé de la silice et des autres éléments solubles.

Ce lessivage sélectif, appelé aussi latéritisation, résulte d'un drainage intense et prolongé, typique des zones intertropicales à forte pluviométrie : la silice et les cations alcalins et alcalino-terreux sont progressivement évacués en solution, tandis que le fer et l'aluminium, peu solubles à pH proche de la neutralité, restent concentrés sur place sous forme d'oxydes et d'hydroxydes.

Définition — Évaporite

Roche sédimentaire chimique formée par précipitation de minéraux (gypse, anhydrite, halite) lors de l'évaporation intense d'une saumure en milieu confiné.

Définition — Diatomite

Roche siliceuse biochimique formée par l'accumulation de frustules de diatomées, algues unicellulaires planctoniques au squelette de silice.

Définition — Kérogène

Matière organique fossile insoluble contenue dans une roche sédimentaire, précurseur des hydrocarbures et du charbon lors de son évolution thermique.

GroupeConstituant principalContexte de formationExemples
ÉvaporitesSulfates, chloruresBassin confiné, climat arideGypse, anhydrite, halite
SiliceusesSilice biogèneMilieu marin, forte productivité planctoniqueDiatomite, radiolarite, silex
PhosphatéesApatiteMarge continentale, upwellingPhosphates sédimentaires marocains
CarbonéesMatière organiqueMilieu confiné réducteurTourbe, lignite, houille

Roches chimiques et biochimiques non carbonatées

À retenir
  • Évaporites : ordre de précipitation carbonates → gypse/anhydrite → halite, en milieu confiné et aride.
  • Roches siliceuses biogènes : diatomite (diatomées), radiolarite (radiolaires) ; silex = silicification diagénétique.
  • Roches phosphatées : contexte de marge continentale et d'upwelling ; gisements marocains majeurs au Crétacé-Paléogène.
  • Roches carbonées : tourbe → lignite → houille par houillification, en milieu confiné réducteur.
  • Roches résiduelles (bauxite, latérite) : formées sur place, sans transport, par altération tropicale intense.
Ça tombe à l'examen

Ce chapitre est souvent testé via le contexte marocain des phosphates : sache situer leur contexte de formation (upwelling, marge continentale) sans avancer de date précise si tu n'es pas sûr. Piège classique : inverser l'ordre de précipitation des évaporites (le sel, très soluble, précipite en dernier, non en premier) ou confondre roche résiduelle et roche détritique — la roche résiduelle n'a subi aucun transport.

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