Biologie Maroc
Tectonique analytique · S4 · Chapitre 8 sur 8

Méthodes de l'analyse structurale : la projection stéréographique

Lecture : 14 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

L'analyse structurale repose sur la mesure précise de l'orientation des structures dans l'espace, puis sur leur traitement statistique. Ce chapitre présente le vocabulaire de l'orientation, la projection stéréographique — outil central de la tectonique analytique — et son usage pour synthétiser un grand nombre de mesures de terrain en une figure interprétable.

1. Orienter une structure dans l'espace

Un plan structural (plan de faille, de schistosité, de stratification) se décrit par sa direction (l'azimut de la ligne d'intersection du plan avec l'horizontale) et son pendage (l'angle que fait le plan avec l'horizontale, mesuré perpendiculairement à la direction, accompagné de son sens de plongement). Une structure linéaire (linéation, axe de pli, strie de faille) se décrit par son azimut et son plongement (l'angle que fait la ligne avec l'horizontale). Ces mesures s'effectuent sur le terrain à la boussole géologique, équipée d'un clinomètre, directement appliquée contre la surface ou la ligne à mesurer.

2. Le canevas de Wulff et le canevas de Schmidt

La projection stéréographique permet de représenter en deux dimensions, sur un cercle appelé canevas, l'orientation de plans et de lignes situés dans l'espace à trois dimensions : chaque orientation, projetée depuis le centre d'une sphère de référence sur le plan équatorial, occupe une position unique sur le canevas. Le canevas de Wulff (projection stéréographique équiangle) conserve les angles, ce qui en fait l'outil de choix pour les constructions géométriques précises (mesure d'un angle entre deux plans, par exemple). Le canevas de Schmidt (projection équisurface, ou de Lambert) déforme légèrement les angles mais conserve les surfaces, ce qui le rend indispensable pour construire des diagrammes de densité statistiquement corrects à partir d'un grand nombre de mesures.

3. Projeter un plan et une ligne

Sur le canevas, un plan se représente par un grand cercle (l'intersection du plan, prolongé jusqu'au centre de la sphère de référence, avec la sphère elle-même) ou, de façon équivalente et plus pratique pour traiter de nombreuses mesures, par son pôle — le point où la perpendiculaire au plan, menée depuis le centre, coupe la sphère. Une ligne (linéation, axe de pli) se représente directement par un point, sans distinction entre grand cercle et pôle puisqu'elle n'a, par définition, qu'une seule direction. Reporter le pôle plutôt que le grand cercle de chaque plan mesuré permet de superposer sur une même figure des dizaines, voire des centaines de mesures sans que le canevas ne devienne illisible.

Définition — Pôle d'un plan

Point représentant, sur un canevas stéréographique, la direction perpendiculaire à un plan structural ; il permet de synthétiser un grand nombre de mesures de plans sous forme d'un nuage de points.

4. Diagrammes de densité et interprétation

Lorsque de nombreux pôles de plans (schistosité, litage) sont reportés sur un même canevas de Schmidt, ils se regroupent en diagrammes de densité qui révèlent l'organisation structurale d'une région. Si les pôles d'un litage plissé se répartissent le long d'un grand cercle unique, appelé guirlande pi (π-girdle), le pôle de ce grand cercle — appelé axe β — donne directement l'orientation de l'axe du pli moyen qui a affecté la série, même lorsque la charnière du pli n'est observable nulle part sur le terrain : c'est l'une des applications les plus puissantes de la méthode. À l'inverse, un regroupement des pôles en un seul maximum ponctuel traduit une orientation homogène et non plissée.

5. Applications de terrain

La projection stéréographique accompagne toutes les étapes de l'analyse structurale de terrain : elle permet de vérifier la cohérence d'un jeu de mesures avant de les reporter sur une carte géologique, de construire une coupe géologique équilibrée à partir des pendages mesurés, de déterminer l'orientation régionale d'un champ de contrainte à partir de familles de failles conjuguées, ou encore de comparer les axes de plis de plusieurs phases tectoniques successives pour reconstituer leur chronologie relative. Aujourd'hui réalisée le plus souvent par ordinateur, la méthode reste fondée sur les mêmes principes géométriques qu'à la main, sur canevas papier — une compétence encore exigée dans les travaux pratiques du module.

Canevas de WulffCanevas de Schmidt
Propriété conservéeLes angles (équiangle)Les surfaces (équisurface)
Usage privilégiéConstructions géométriques, mesure d'anglesDiagrammes de densité statistiques
Déformation induiteDes surfaces vers les bordsDes angles vers les bords

Canevas de Wulff et canevas de Schmidt

À retenir
  • Un plan se mesure par direction + pendage, une ligne par azimut + plongement, à la boussole géologique.
  • Canevas de Wulff (équiangle) pour les constructions géométriques ; canevas de Schmidt (équisurface) pour les diagrammes de densité.
  • Un plan se projette en grand cercle ou en pôle ; une ligne se projette directement en point.
  • Une guirlande pi (pôles d'un litage plissé alignés sur un grand cercle) donne, par son pôle, l'axe β du pli moyen.
  • La projection stéréographique sert à vérifier des mesures, construire des coupes équilibrées et reconstituer la chronologie de plusieurs phases tectoniques.
Ça tombe à l'examen

Exercice classique de travaux pratiques : reporter une série de mesures de pendage sur un canevas de Schmidt, reconnaître une guirlande pi et en déduire l'orientation de l'axe du pli. On demande aussi de justifier le choix du canevas de Wulff plutôt que de Schmidt selon l'objectif (mesure d'angle vs statistique). Piège classique : confondre le grand cercle d'un plan et son pôle, ou oublier que l'axe β est perpendiculaire au grand cercle qui contient les pôles, pas parallèle à celui-ci.

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