Biologie Maroc
Géologie structurale · S5 · Chapitre 7 sur 7

Grandes structures et contextes tectoniques

Lecture : 14 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Ce dernier chapitre change d'échelle : des structures élémentaires (failles, plis, foliations) aux grands ensembles structuraux qui organisent une chaîne de montagnes, un rift ou un décrochement continental. Il relie les régimes de contraintes vus au chapitre 4 aux contextes géodynamiques et clôt le module en donnant les clés de lecture d'une carte structurale complexe.

1. Nappes de charriage et chevauchements

En contexte compressif, la déformation peut produire des chevauchements : des failles inverses à faible pendage qui superposent des terrains plus anciens ou plus profonds sur des terrains plus jeunes ou plus superficiels, sur des distances horizontales pouvant atteindre plusieurs dizaines de kilomètres. Quand le déplacement est très important, on parle de nappe de charriage : une masse rocheuse allochtone (déplacée) reposant sur son autochtone (en place) le long d'une surface de chevauchement basale, souvent soulignée par une zone de cisaillement ductile ou une mylonite. Les rampes (segments obliques du chevauchement recoupant la stratification) et les replats (segments parallèles à la stratification) définissent la géométrie en marches d'escalier caractéristique de ces systèmes, souvent associée à des plis de propagation de faille qui accommodent le déplacement au front du chevauchement.

2. Zones de cisaillement ductile et mylonites

En profondeur, l'équivalent ductile d'une faille cassante est une zone de cisaillement : une bande de déformation ductile intense, localisée, où le déplacement relatif des deux compartiments se répartit continûment plutôt que sur une surface unique. La roche qui s'y forme est la mylonite : une roche à grain réduit par recristallisation dynamique, foliée et souvent linéée, dans laquelle des indicateurs cinématiques asymétriques (porphyroclastes en forme de σ ou de δ, foliations obliques, structures en « pull-apart » cristallin) permettent de déterminer le sens du cisaillement — un des exercices classiques d'observation en lame mince du module.

3. Bassins sédimentaires et failles normales listriques

En contexte extensif, les failles normales organisent souvent des bassins sédimentaires en hémi-grabens : un compartiment s'effondre le long d'une faille bordière, tandis que la sédimentation syn-tectonique s'épaissit vers cette faille. Beaucoup de failles normales majeures ont une géométrie listrique — leur pendage diminue avec la profondeur, jusqu'à devenir subhorizontal sur un détachement — ce qui provoque une rotation des blocs basculés (structures en dominos) et le développement de plis de rollover dans le compartiment effondré.

4. Décrochements majeurs et zones de transformation

Les grands décrochements (failles à mouvement essentiellement horizontal, senestre ou dextre) accommodent un déplacement latéral entre deux blocs. À leurs terminaisons ou le long de segments obliques par rapport à la direction générale du décrochement, ils produisent des zones locales de transtension (bassins en pull-apart) ou de transpression (soulèvements, plis et chevauchements localisés) : la même faille peut ainsi juxtaposer, sur de courtes distances, des structures typiques de l'extension et de la compression, un point souvent source de confusion à l'examen.

5. Contextes géodynamiques : synthèse des trois régimes

À l'échelle de la lithosphère, trois grands régimes de premier ordre organisent la déformation : l'extension (rifts continentaux, dorsales océaniques, marges passives), la compression (chaînes de collision et de subduction, comme le Rif ou le Haut Atlas au Maroc) et le décrochement (failles transformantes, systèmes décrochants intracontinentaux). Ces régimes ne sont pas figés : une même région peut connaître, au cours de son histoire géologique, une phase d'extension suivie d'une inversion tectonique en compression, les anciennes failles normales étant alors réactivées en failles inverses — un scénario fréquent dans l'évolution des chaînes atlasiques.

6. Déformation polyphasée et lecture d'une carte structurale

La plupart des régions ont enregistré plusieurs phases de déformation successives, notées D1, D2, D3…, chacune produisant sa propre génération de structures (plis P1, schistosité S1, puis plis P2 replissant S1, etc.). Reconnaître la chronologie relative de ces phases repose sur des critères de recoupement : une structure qui en replisse, en recoupe ou en décale une autre lui est postérieure. Sur une carte structurale, la lecture combinée des orientations de plans (schistosité, stratification), des axes de plis et des failles permet de reconstituer cette histoire polyphasée — la compétence de synthèse que ce module cherche, en dernier lieu, à développer.

Définition — Nappe de charriage

Masse rocheuse allochtone déplacée sur de grandes distances horizontales au-dessus de son autochtone, le long d'une surface de chevauchement basale.

Définition — Mylonite

Roche à grain réduit par recristallisation dynamique, foliée et linéée, caractéristique d'une zone de cisaillement ductile ; porte des indicateurs cinématiques du sens de cisaillement.

Définition — Chevauchement

Faille inverse à faible pendage qui superpose des terrains plus anciens ou plus profonds sur des terrains plus jeunes, avec un déplacement horizontal important.

RégimeFailles dominantesGrandes structures
ExtensionFailles normales, souvent listriquesHémi-grabens, blocs basculés, plis de rollover
CompressionFailles inverses, chevauchementsNappes de charriage, plis de propagation de faille
DécrochementFailles décrochantesBassins en pull-apart (transtension), soulèvements (transpression)

Les trois régimes tectoniques et leurs structures typiques

À retenir
  • Nappe de charriage = masse allochtone déplacée sur une surface de chevauchement basale ; géométrie en rampes et replats.
  • Zone de cisaillement ductile → mylonite ; indicateurs cinématiques (porphyroclastes σ/δ) donnent le sens du cisaillement.
  • Failles normales listriques → hémi-grabens, blocs basculés, plis de rollover ; détachement en profondeur.
  • Décrochements majeurs : pull-apart en transtension, soulèvements en transpression aux zones de relais.
  • Une région peut être polyphasée (D1, D2…) : critères de recoupement pour établir la chronologie relative des structures.
Ça tombe à l'examen

Ce chapitre de synthèse est souvent testé par une question de carte structurale ou de coupe géologique à interpréter en termes de régime tectonique. Sache justifier une inversion tectonique (faille normale réactivée en inverse) à partir des relations géométriques observées. Piège classique : oublier qu'une même faille décrochante peut présenter localement une composante normale ou inverse selon sa géométrie en plan (transtension/transpression).

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