Biologie Maroc
Pétrologie métamorphique · S5 · Chapitre 5 sur 8

Réactions métamorphiques, isograde et zonéographie

Lecture : 13 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Le passage d'un assemblage minéralogique à un autre au cours du métamorphisme se fait par des réactions chimiques à l'état solide, dont l'apparition sur le terrain permet de tracer des lignes appelées isogrades. Ce chapitre présente les grands types de réactions métamorphiques, la notion d'isograde introduite par George Barrow et Cecil Tilley, et la zonéographie métamorphique qui en découle.

1. Les réactions métamorphiques

Une réaction métamorphique transforme un assemblage minéral en un autre, plus stable dans les nouvelles conditions de pression et de température, généralement à l'état solide et parfois avec libération d'un fluide. On distingue plusieurs grands types. Les réactions de déshydratation libèrent de l'eau : un minéral hydraté (chlorite, muscovite) se décompose en un assemblage anhydre plus un fluide aqueux, à mesure que la température augmente — c'est le mécanisme le plus courant dans le métamorphisme progressif des métapélites. Les réactions de décarbonatation libèrent du CO₂, typiques des roches carbonatées (calcaires, dolomies) qui perdent leur gaz carbonique au profit de silicates calciques (wollastonite, par exemple) à haute température.

Les réactions de polymorphisme transforment un minéral en un autre de même composition chimique mais de structure cristalline différente, sans échange de matière avec l'extérieur : c'est le cas du passage andalousite → sillimanite ou andalousite → disthène selon l'évolution de la pression et de la température. Enfin, les réactions dites d'échange (ou d'échange ionique) redistribuent certains éléments (fer, magnésium) entre deux minéraux sans changer la nature des phases en présence, modifiant seulement leur composition ; elles servent de base à la thermobarométrie, qui estime quantitativement les conditions P-T à partir de la composition des minéraux en équilibre.

2. La notion d'isograde

C'est le géologue écossais George Barrow, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, qui le premier a décrit, dans les Highlands d'Écosse, des changements minéralogiques systématiques dans les roches métapélitiques en fonction du degré métamorphique, chaque changement étant marqué par l'apparition d'un nouveau minéral index, accompagnée en général d'une augmentation de la taille des grains. Quelques décennies plus tard, Cecil Tilley a formalisé cette observation en inventant le terme d'isograde : une ligne, tracée sur la carte géologique, qui relie les points où un minéral index donné apparaît pour la première fois, et qui sépare ainsi deux zones de degré métamorphique différent.

Un isograde n'est pas nécessairement une ligne de température constante au sens strict : il correspond à la limite d'une réaction métamorphique particulière, dont la position dépend aussi de la pression et de la composition chimique locale des roches. Il reste néanmoins l'outil de terrain le plus efficace pour cartographier l'intensité croissante du métamorphisme le long d'une chaîne de montagnes.

3. La zonéographie métamorphique

En reliant les isogrades successifs sur une carte, on obtient une zonéographie métamorphique : une succession de bandes parallèles, chacune caractérisée par un assemblage minéral typique et nommée d'après son minéral index le plus caractéristique — zone à chlorite, zone à biotite, zone à grenat, etc. Cette zonéographie traduit une augmentation progressive et régulière du degré métamorphique lorsqu'on se rapproche du cœur de l'orogène, généralement corrélée à un enfouissement plus profond des roches.

4. Séquence métamorphique et minéral index

On appelle séquence métamorphique l'ordre dans lequel les minéraux index apparaissent successivement lorsqu'on suit un protolithe donné vers des degrés métamorphiques croissants. Pour être utile comme minéral index, un minéral doit répondre à des critères précis : il doit apparaître dans un intervalle de conditions P-T relativement étroit et bien défini, et sa formation doit dépendre principalement du degré métamorphique plutôt que de variations locales de composition chimique du protolithe — une condition rarement parfaitement remplie, ce qui explique certaines discordances observées entre régions.

5. Paragenèse et diagrammes de phases

On appelle paragenèse (ou assemblage minéral) l'ensemble des minéraux considérés comme cristallisés en équilibre les uns avec les autres dans une roche, à un instant donné de son histoire. La représentation de ces paragenèses fait appel à des diagrammes de phases synthétiques, comme les diagrammes triangulaires ACF (Al₂O₃-CaO-FeO+MgO) ou AFM (Al₂O₃-FeO-MgO), qui projettent la composition chimique des roches et de leurs minéraux pour visualiser quels assemblages sont stables ensemble dans des conditions données. Ces diagrammes seront repris et appliqués concrètement au cas des métapélites dans le chapitre suivant.

Définition — Isograde

Ligne tracée sur une carte géologique reliant les points d'apparition d'un même minéral index, séparant deux zones de degré métamorphique différent.

Définition — Minéral index

Minéral dont l'apparition marque un degré métamorphique précis, utilisé pour définir des zones et des isogrades sur le terrain.

Définition — Paragenèse

Ensemble des minéraux considérés en équilibre les uns avec les autres dans une roche à un moment donné de son histoire métamorphique.

Type de réactionFluide libéréExemple
DéshydratationEau (H₂O)Chlorite + quartz → grenat + biotite + eau
DécarbonatationDioxyde de carbone (CO₂)Calcite + quartz → wollastonite + CO₂
PolymorphismeAucunAndalousite → sillimanite (ou disthène)
Échange ioniqueAucunRedistribution Fe-Mg entre grenat et biotite

Les grands types de réactions métamorphiques

À retenir
  • Réactions métamorphiques : déshydratation (perd H₂O), décarbonatation (perd CO₂), polymorphisme (même composition), échange ionique.
  • George Barrow décrit les premières zones métamorphiques dans les Highlands écossais ; Cecil Tilley invente le terme isograde.
  • Isograde = ligne d'apparition d'un minéral index sur la carte ; il correspond à une réaction métamorphique donnée.
  • Zonéographie = succession de zones nommées d'après leur minéral index (chlorite, biotite, grenat…).
  • Paragenèse = assemblage de minéraux en équilibre ; diagrammes ACF et AFM pour visualiser leur stabilité.
Ça tombe à l'examen

Question quasi systématique : définir l'isograde et expliquer la différence avec une zone métamorphique. On demande souvent de citer les deux géologues associés à cette histoire (Barrow pour les zones, Tilley pour le terme isograde) et de donner un exemple de réaction de déshydratation. Piège classique : croire qu'un isograde est forcément une isotherme stricte, alors qu'il dépend aussi de la pression et de la composition du protolithe.

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