Comprendre les menaces qui pèsent sur la diversité biologique suppose de distinguer l'extinction, phénomène naturel inhérent à l'évolution, de son accélération actuelle sous l'effet des activités humaines. Ce chapitre présente les grands types d'extinction, puis les principaux facteurs de perte de biodiversité observés au Maroc : destruction des habitats, surexploitation, espèces envahissantes et changement climatique.
1. L'extinction, phénomène naturel et processus anthropique
L'extinction est un phénomène naturel : on estime que la très grande majorité des organismes qui ont vécu sur Terre ont aujourd'hui disparu, et la durée de vie moyenne d'un taxon est de quelques millions d'années. On distingue trois types d'extinction. L'extinction de fond correspond au renouvellement continu des espèces, lié aux changements naturels et progressifs de l'environnement. L'extinction de masse décime un grand nombre d'espèces en un temps géologiquement court, à la suite d'une catastrophe naturelle ; ces épisodes, rares dans l'histoire de la Terre, ne représentent qu'une faible part de l'ensemble des extinctions survenues au cours du temps. L'extinction anthropogénique résulte des activités humaines : contrairement aux deux précédentes, elle est en principe évitable ou réductible par l'action de conservation.
Disparition, en un temps géologiquement court, d'une grande proportion des espèces vivantes, en général à la suite d'une catastrophe naturelle d'ampleur planétaire ; ces épisodes restent rares dans l'histoire de la vie.
2. La destruction et la fragmentation des habitats
La déforestation reste l'une des principales causes de perte d'habitat au Maroc : prélèvement de bois de feu et défrichements pour l'extension des terres cultivées, particulièrement marqués dans les régions où les terres arables sont rares et où la surveillance forestière est difficile à assurer. La pression démographique urbaine et les aménagements du littoral dégradent également des milieux naturels sensibles : certaines zones humides littorales autrefois très riches ont ainsi été fortement détériorées par l'urbanisation croissante. Au-delà de la destruction pure, la fragmentation d'un habitat en parcelles isolées réduit la taille effective des populations et complique leurs échanges génétiques, un enjeu directement lié au design des réserves étudié au chapitre 3.
Division d'un habitat naturel continu en parcelles isolées de plus petite taille, séparées par des milieux transformés (cultures, routes, zones urbaines), ce qui réduit la taille des populations et limite les échanges entre elles.
3. Surexploitation, agriculture intensive et surpâturage
Le développement, depuis les années 1930, d'une agriculture moderne orientée vers l'exportation et l'approvisionnement des villes a permis d'importants gains de productivité, mais au prix d'une érosion génétique des variétés cultivées traditionnelles, remplacées par des variétés plus productives mais génétiquement plus uniformes et souvent plus fragiles, dont la protection nécessite un usage accru de produits phytosanitaires — avec, en retour, l'apparition de parasites résistants. L'élevage et le surpâturage dégradent les écosystèmes sylvo-pastoraux dans les régions à forte concentration de cheptel, un problème aggravé par la réduction des surfaces laissées en jachère et par les années de sécheresse, qui poussent à des ventes massives de cheptel concentrant encore la pression sur les parcours restants.
4. Espèces exotiques envahissantes et pollution
Une espèce exotique envahissante est une espèce introduite, volontairement ou non, hors de son aire d'origine, qui s'y multiplie et perturbe les communautés locales, par compétition directe, prédation ou transmission de pathogènes auxquels les espèces indigènes ne sont pas adaptées. La pollution — rejets chimiques, excès de nutriments (eutrophisation), déchets plastiques — dégrade en particulier les écosystèmes aquatiques et côtiers, affectant la reproduction et la survie de nombreuses espèces sensibles à la qualité de l'eau.
5. Le changement climatique, facteur aggravant
Comme vu au premier chapitre, le changement climatique n'est pas une menace isolée mais un facteur qui amplifie les précédentes : une sécheresse plus fréquente aggrave le surpâturage et le déficit hydrique des écosystèmes steppiques et forestiers, tandis que le déplacement des aires climatiques favorables oblige certaines espèces à modifier leur répartition, ce qui n'est pas toujours possible dans un paysage déjà fragmenté par les activités humaines. L'effet cumulé de ces différentes pressions rend la conservation d'autant plus urgente, ce qui justifie la mobilisation internationale présentée au dernier chapitre.
| Type | Cause | Fréquence |
|---|---|---|
| De fond | Changements naturels progressifs de l'environnement | Continue, permanente |
| De masse | Catastrophe naturelle d'ampleur planétaire | Rare, faible part du total des extinctions |
| Anthropogénique | Activités humaines | En forte augmentation actuellement |
Les trois types d'extinction
- L'extinction est un phénomène naturel ; on distingue extinctions de fond, de masse (rares) et anthropogéniques (évitables).
- Déforestation et pression urbaine sont des causes majeures de destruction et de fragmentation des habitats au Maroc.
- L'agriculture moderne a provoqué une érosion génétique des variétés cultivées ; le surpâturage dégrade les écosystèmes sylvo-pastoraux.
- Les espèces exotiques envahissantes perturbent les communautés locales par compétition, prédation ou transmission de pathogènes.
- Le changement climatique agit comme facteur aggravant des autres menaces, plutôt que comme menace isolée.
Sache définir et différencier les trois types d'extinction (fond, masse, anthropogénique) avec un exemple pour chacune : question de cours classique. Les exemples marocains de déforestation, de surpâturage et d'érosion génétique agricole, tirés du programme, sont fréquemment demandés pour illustrer les menaces anthropiques. Piège classique : présenter le changement climatique comme une cause indépendante plutôt que comme un facteur qui amplifie les autres menaces.