L'Anti-Atlas est une chaîne de socle : un vieil édifice précambrien structuré par l'orogenèse panafricaine, surmonté d'une couverture paléozoïque plissée pendant l'orogenèse hercynienne. Ce chapitre présente ses boutonnières, la chronologie de son socle, sa couverture cambro-carbonifère et la faille qui le sépare du domaine atlasique. Ce chapitre est souvent couplé, en examen, à celui de la dorsale Reguibate dans une même question de synthèse sur le domaine saharien au sens large.
1. Cadre structural : les boutonnières de l'Anti-Atlas
L'Anti-Atlas est une région montagneuse qui s'étend entre Ifni et Erfoud, au sud de la chaîne du Haut Atlas. D'un point de vue géologique, elle appartient au craton ouest-africain et à ses marges. Le socle précambrien y affleure dans une série de boutonnières — fenêtres structurales où l'érosion a mis à nu le socle sous une couverture néoprotérozoïque terminal et paléozoïque. Entre les boutonnières, cette couverture forme de vastes synclinaux qui donnent à l'Anti-Atlas son relief caractéristique de crêtes et de vallées, bien visible par exemple dans le Jbel Bani.
2. Le socle précambrien des boutonnières
Le socle des boutonnières comprend, à sa base, des équivalents du socle éburnéen décrit dans la dorsale Reguibate, hérités du craton ouest-africain. Il est surmonté par des séries volcano-sédimentaires et plutoniques du Néoprotérozoïque, déposées et structurées lors d'un cycle géodynamique complet : ouverture puis fermeture d'un domaine océanique bordant le craton, avec ses cortèges de roches vertes, d'arcs volcaniques et de granitoïdes calco-alcalins tardi-orogéniques. Ce socle néoprotérozoïque est nettement plus jeune que celui de la dorsale Reguibate, ce qui distingue clairement les deux domaines malgré leur héritage cratonique commun.
3. L'orogenèse panafricaine
L'orogenèse panafricaine, à la fin du Néoprotérozoïque, correspond à la fermeture des bassins océaniques bordant le craton ouest-africain et à l'accrétion de terrains juvéniles sur sa marge. Elle s'accompagne de plissements, d'un métamorphisme et d'un intense magmatisme granitique qui structurent définitivement le socle de l'Anti-Atlas avant le dépôt de la couverture paléozoïque. Cette orogenèse panafricaine est l'équivalent, pour le domaine anti-atlasique, de ce que l'orogenèse éburnéenne représente pour la dorsale Reguibate : un épisode fondateur qui rigidifie durablement le socle.
4. La couverture paléozoïque et ses plissements
Après la stabilisation panafricaine, une couverture paléozoïque se dépose sur le socle : du Cambrien (calcaires, notamment ceux qui présentent les beaux plissements disharmoniques de la région d'Igherm) jusqu'au Carbonifère, en passant par l'Ordovicien, le Silurien et le Dévonien, riches en faune marine (trilobites, graptolites). Cette couverture, faiblement métamorphisée mais nettement plissée lors de l'orogenèse hercynienne, forme les synclinaux perchés qui séparent les boutonnières. Contrairement à la couverture du Sahara, restée tabulaire, celle de l'Anti-Atlas a donc bien enregistré la déformation hercynienne, bien que de façon plus modérée que dans la Meseta.
5. La faille sud-atlasique et la limite du domaine
L'Anti-Atlas est séparé du domaine atlasique-mésétien par un accident majeur, la faille sud-atlasique, qui court sur plus d'un millier de kilomètres et qui a rejoué à plusieurs reprises au cours de l'histoire géologique du Maroc, en particulier comme faille bordière lors du rifting jurassique. Cet accident reste actif : c'est notamment le rejeu de failles de cette famille structurale qui est associé au séisme meurtrier d'Agadir en 1960, rappel que la limite entre l'Anti-Atlas stable et le domaine atlasique plus mobile n'est pas seulement une frontière cartographique mais une zone de sismicité réelle.
Fenêtre structurale où l'érosion a fait affleurer un socle ancien au cœur d'une couverture sédimentaire plus récente et plus étendue ; l'Anti-Atlas en compte plusieurs, séparées par des synclinaux de couverture.
Accident tectonique majeur qui sépare l'Anti-Atlas du domaine atlasique, réactivé à plusieurs reprises (rifting jurassique, compression cénozoïque) et toujours associé à une sismicité active.
| Dorsale Reguibate | Anti-Atlas | |
|---|---|---|
| Socle le plus ancien | Archéen | Éburnéen hérité + Néoprotérozoïque |
| Orogenèse structurante | Éburnéenne | Panafricaine |
| Couverture | Tabulaire, peu déformée | Plissée par l'orogenèse hercynienne |
| Morphologie | Vaste boutonnière unique | Plusieurs boutonnières séparées par des synclinaux |
Anti-Atlas et dorsale Reguibate : deux socles, deux orogenèses
- L'Anti-Atlas expose son socle précambrien dans plusieurs boutonnières entre Ifni et Erfoud.
- Le socle des boutonnières associe un héritage éburnéen et des séries néoprotérozoïques structurées par l'orogenèse panafricaine.
- La couverture cambro-carbonifère de l'Anti-Atlas est plissée par l'orogenèse hercynienne, contrairement à celle du Sahara.
- La faille sud-atlasique sépare l'Anti-Atlas du domaine atlasique et reste une zone sismique active (séisme d'Agadir, 1960).
- Panafricain (Anti-Atlas) et éburnéen (dorsale Reguibate) sont deux orogenèses distinctes mais toutes deux liées au craton ouest-africain.
Question fréquente : différencier orogenèse éburnéenne et orogenèse panafricaine par leur âge et le domaine qu'elles structurent. On demande aussi souvent de situer la faille sud-atlasique et d'expliquer pourquoi la couverture de l'Anti-Atlas est plissée alors que celle du Sahara ne l'est pas. Piège classique : croire que tout le socle de l'Anti-Atlas est panafricain, en oubliant l'héritage éburnéen plus ancien.