Les Monocotylédones représentent environ un quart des Angiospermes mais fournissent les plantes les plus utiles à l'homme : blé, orge, riz, maïs, dattier, safran. Ce chapitre présente les deux grands ensembles — Liliidées et Commélinidées — puis les familles à connaître avec leurs formules florales et leurs représentants marocains. La reconnaissance de ces familles est systématiquement évaluée en TP.
1. Caractères d'ensemble et subdivisions
Les Monocotylédones se reconnaissent à leur embryon à un cotylédon, leurs racines fasciculées, leurs feuilles à nervation parallèle et souvent engainantes, leurs faisceaux conducteurs dispersés sans cambium, et leurs fleurs de type 3 — le plus souvent 3 T + 3 T + 3 E + 3 E + 3 C — à périanthe fait de tépales. Le pollen est monoaperturé. La classification APG y distingue quelques ordres à caractères archaïques (Alismatales), puis deux grands groupes : les Liliidées et les Commélinidées.
Les Commélinidées sont les Monocotylédones les plus évoluées, avec environ 21 000 espèces. Elles se caractérisent par un marqueur chimique, l'acide férulique présent dans la paroi pecto-cellulosique, et par des vaisseaux parfaits, alors que ces derniers sont absents ou à ponctuations scalariformes chez les Liliidées. Elles réunissent les Arécales, les Commélinales, les Poales et les Zingibérales. Chez elles, le périanthe se différencie souvent en sépales et pétales distincts, les fleurs se groupent en inflorescences compactes, la placentation est apicale ou basale à loges uniovulées, et les fruits sont surtout des akènes, des caryopses ou des drupes. On y observe une adaptation progressive à la pollinisation par le vent chez les Poales.
2. Les Liliidées : Liliacées, Amaryllidacées, Iridacées
Les Liliacées au sens large sont des herbacées vivaces à bulbe, à feuilles simples engainantes, à fleurs actinomorphes hermaphrodites très typiques : formule 3 T + 3 T + 3 E + 3 E + (3 C), ovaire supère, fruit en capsule ou en baie. Exemples marocains : Tulipa, Asphodelus, Urginea maritima (scille maritime, toxique), Allium (ail, oignon, dans les Amaryllidacées au sens APG). Les Amaryllidacées partagent le plan floral mais possèdent un ovaire infère et souvent une couronne ou paracorolle : Narcissus, très diversifié au Maroc, Pancratium maritimum des dunes littorales.
Les Iridacées, famille du safran et des iris, appartiennent à l'ordre des Asparagales. Ce sont des herbacées à rhizome, bulbe ou corme, à feuilles ensiformes disposées sur deux rangs, à fleurs à ovaire infère et à androcée réduit à 3 étamines seulement — caractère discriminant par rapport aux Liliacées, qui en ont six. Le fruit est une capsule. Crocus sativus, le safran, dont on récolte les trois stigmates rouges, est cultivé à Taliouine dans l'Anti-Atlas ; Iris, Gladiolus et Romulea sont fréquents dans la flore spontanée. Les Orchidacées, deuxième famille du monde par la richesse, se reconnaissent à leur fleur zygomorphe à labelle, à leur gynostème soudant étamine et style, à leurs pollinies et à leurs graines minuscules et très nombreuses, dépendantes d'une symbiose mycorhizienne pour germer.
3. Les Arécacées : la famille des palmiers
Les Arécacées (Palmae), ordre des Arécales, comptent environ 200 genres et 2 650 espèces des régions chaudes. Ce sont des arbres ou arbustes à stipe — tige non ramifiée de diamètre uniforme de la base au sommet, formée par la base des feuilles tombées — portant un bouquet terminal de feuilles pennées ou palmées. L'inflorescence est un spadice ramifié entouré de spathes générale et secondaires ; les fleurs, souvent unisexuées par avortement, ont un périanthe d'écailles sépaloïdes concolores 3 T + 3 T, un androcée de (3 + 3) E parfois soudées à la base, un ovaire supère à 3 carpelles uniovulés dont un seul est en général fertile.
Le fruit est une baie ou une drupe, à graine pourvue d'un albumen bien développé. L'importance économique de la famille est considérable : alimentation avec le palmier dattier (Phoenix dactylifera), pilier des oasis du Draa et du Tafilalet, et le cocotier ; huile avec le palmier à huile ; fibres avec le raphia, le rotin et le crin végétal. Au Maroc, la seule espèce spontanée est Chamaerops humilis, le doum, palmier nain des matorrals côtiers, tandis que Washingtonia est largement planté en ornement.
4. Les Poacées et les Cypéracées
Les Poacées (Gramineae), avec environ 10 035 espèces dans le monde et près de 300 au Maroc, sont la famille la plus importante économiquement. Ce sont des herbes à tige cylindrique creuse aux nœuds pleins, le chaume, à feuilles alternes distiques comprenant une gaine fendue, une ligule et un limbe linéaire à nervures parallèles. La fleur, très réduite et anémophile, est groupée en épillets : deux glumes à la base, puis des fleurons formés d'une lemma et d'une paléa, de deux lodicules, de 3 étamines à anthères versatiles et d'un ovaire supère à deux stigmates plumeux. Le fruit est le caryopse. Exemples : blé, orge, avoine, maïs, riz, alfa (Stipa tenacissima) des hauts plateaux orientaux.
Les Cypéracées, souvent confondues avec les Poacées, s'en distinguent nettement : tige triangulaire pleine sans nœuds renflés, feuilles à gaine fermée et sans ligule, fleurs nues à écaille unique, fruit en akène trigone. Ce sont surtout des plantes de milieux humides (Cyperus, Scirpus, Carex). Le moyen mnémotechnique classique — « les Carex ont des côtés », la tige à trois angles — suffit à trancher sur le terrain. Les Aracées enfin, avec les lentilles d'eau Lemna et Wolffia de quelques millimètres, illustrent la réduction extrême de l'appareil végétatif chez certaines Monocotylédones aquatiques.
Tige non ramifiée des palmiers, de diamètre uniforme, constituée par la base persistante des feuilles tombées.
Unité de l'inflorescence des Poacées : deux glumes à la base et un ou plusieurs fleurons enfermés entre lemma et paléa.
| Famille | Caractère clé | Ovaire | Fruit | Exemple marocain |
|---|---|---|---|---|
| Liliacées | Bulbe, 6 étamines | Supère | Capsule ou baie | Asphodelus, Urginea |
| Amaryllidacées | Couronne fréquente | Infère | Capsule | Narcissus, Pancratium |
| Iridacées | 3 étamines, feuilles ensiformes | Infère | Capsule | Crocus sativus |
| Orchidacées | Labelle, gynostème, pollinies | Infère | Capsule | Ophrys, Orchis |
| Arécacées | Stipe, spadice à spathe | Supère | Baie ou drupe | Chamaerops humilis |
| Poacées | Chaume creux, ligule, épillets | Supère | Caryopse | Stipa tenacissima |
Reconnaître quelques familles de Monocotylédones
- Monocots : 1 cotylédon, racines fasciculées, nervation parallèle, fleurs de type 3, pollen monoaperturé.
- Commélinidées ≈ 21 000 espèces : acide férulique pariétal et vaisseaux parfaits, contrairement aux Liliidées.
- Liliacées 6 étamines et ovaire supère vs Iridacées 3 étamines et ovaire infère : le test qui les sépare.
- Arécacées : 200 genres, 2 650 espèces, stipe et spadice ; au Maroc Phoenix dactylifera cultivé et Chamaerops humilis spontané.
- Poacées : chaume creux, épillet à glumes, 3 étamines, fruit = caryopse — Cypéracées : tige triangulaire pleine, akène.
L'examen te donne un échantillon ou une planche et demande la famille, la formule florale et la justification. Retiens surtout les couples qui se ressemblent : Liliacées / Iridacées et Poacées / Cypéracées, où une seule erreur de comptage d'étamines ou de section de tige coûte toute la question. Pense aussi aux exemples marocains : safran de Taliouine, alfa, doum, dattier — les correcteurs valorisent une réponse ancrée dans la flore locale.