Les Eudicotylédones rassemblent environ 75 % des Angiospermes et l'essentiel de la flore spontanée marocaine. Ce dernier chapitre parcourt les grands ensembles — Paléodicots, Rosidées, Astéridées — et détaille les familles dont la reconnaissance est exigée à l'examen, avec leurs formules florales et leurs représentants au Maroc.
1. Paléodicots et Eudicots archaïques
Les Paléodicots, ou Magnoliidées de la classification classique, conservent des caractères considérés comme primitifs : pièces florales non soudées et disposées en spirale autour de l'axe floral, périanthe peu différencié réduit à des tépales, androcée polystémone à nombreuses étamines, gynécée apocarpe à carpelles libres, et pollinisation entomophile. Ils correspondent aux anciennes Dicotylédones Dialypétales Thalamiflores et comptent au Maroc environ cinq ordres et une dizaine de familles : Ranunculales, Papaverales, Laurales, Nymphaeales et Aristolochiales.
Parmi les Eudicots archaïques, souvent apétales ou à périanthe réduit, on trouve les Renonculacées — herbacées à nombreuses étamines et carpelles libres, fruit en akènes ou follicules (Ranunculus, Adonis, Nigella) —, les Papavéracées à latex coloré et capsule poricide (Papaver rhoeas, le coquelicot, très commun dans les champs marocains), et les Fagacées à fleurs unisexuées en chatons et fruit en gland (Quercus ilex, le chêne vert, Q. suber, le chêne-liège de la Mamora). Les Caryophyllacées (environ 220 espèces au Maroc), à tiges noueuses et feuilles opposées, et les Chénopodiacées / Amaranthacées des milieux salés complètent cet ensemble.
2. Les Fabales : trois familles très voisines
L'ordre des Fabales réunit trois familles proches par leur gynécée à un seul carpelle et par leur fruit en gousse (légume). La plupart vivent en symbiose avec des bactéries du genre Rhizobium, logées dans des nodosités racinaires et capables de fixer l'azote atmosphérique — d'où leur rôle agronomique majeur. Les Fabacées au sens strict (Papilionacées) ont une fleur zygomorphe caractéristique en papillon : un étendard, deux ailes et deux pétales soudés en carène, un androcée de 10 étamines diadelphes (9 soudées + 1 libre), formule (5S) + 5P + (9+1)E + 1C. Exemples : fève, pois chiche, lentille, luzerne, genêts, Retama.
Les Mimosacées sont surtout des arbres ou arbustes des régions chaudes, à feuilles composées de trifoliolées à imparipennées, souvent bipennées, et à fleurs actinomorphes petites groupées en inflorescences compactes, épi ou glomérule : calice de 5 sépales soudés, corolle de 5 pétales rarement libres, androcée diplostémone à polystémone aux filets soudés à la base, gynécée à 1 carpelle et ovaire supère à nombreux ovules anatropes, fruit en gousse ou en akène. Au Maroc, le genre Acacia comprend Acacia raddiana des zones présahariennes, Acacia gummifera (gommier marocain, talh, endémique du Maroc occidental) et Acacia cyanophylla, plante de reboisement fixatrice de sable qui enrichit le sol en azote.
Les Césalpiniacées sont également des arbres ou arbustes des régions chaudes, à feuilles composées pennées stipulées, à fleurs en grappe zygomorphes et généralement hermaphrodites, pentamères : 5 sépales libres, 5 pétales libres (parfois moins ou absents) à préfloraison ascendante, 10 étamines libres ou groupées avec présence de staminodes, gynécée à 1 carpelle et ovaire supère. Au Maroc, une seule espèce spontanée : Ceratonia siliqua, le caroubier. La distinction entre les trois familles repose donc sur la symétrie florale et la préfloraison, la gousse étant commune à toutes.
3. Les Rosidées : dialypétales évoluées
Les Rosidées regroupent les Eudicots supérieures dialypétales, elles-mêmes réparties en Rosidées basales, Fabidées et Malvidées. Parmi les Rosidées basales, les Vitacées (14 genres, 850 espèces) sont des lianes à vrilles à feuilles palmatilobées alternes, à petites fleurs actinomorphes en grappe et à ovaire supère, formule (4-5)S + (4-5)P + (4-5)E + 2C, fruit en baie : Vitis vinifera, la vigne. Les Géraniacées (7 genres, 805 espèces) sont des herbacées à feuilles découpées odorantes, à fleurs pentamères à ovaire supère et androcée obdiplostémone, formule 5S + 5P + (5+5)E + 5C, fruit en schizocarpe à long bec : Pelargonium et Erodium.
Chez les Fabidées et Malvidées, retiens quatre familles fréquentes au Maroc. Les Rosacées, à fleurs actinomorphes pentamères, nombreuses étamines et réceptacle très variable, donnent tous les fruits tempérés : pomme, poire, prune, amande, cerise. Les Brassicacées (Cruciferae, environ 190 espèces au Maroc) ont une fleur en croix parfaitement constante : 4S + 4P + 6E tétradynames (4 longues + 2 courtes) + (2C), fruit en silique ou silicule à fausse cloison ; chou, moutarde, radis, Sinapis. Les Anacardiacées (70 genres, 800 espèces) portent des feuilles souvent composées pennées, un ovaire supère et un fruit monosperme : Pistacia lentiscus et P. atlantica au Maroc, manguier sous les tropiques. Les Malvacées (262 genres, 4 200 espèces) ont une grande fleur actinomorphe à calice gamosépale doublé d'un calicule, un androcée monadelphe méristémone en colonne, un ovaire supère et un fruit en schizocarpe ou capsule loculicide, avec des mucilages caractéristiques : cotonnier, gombo, tilleul, hibiscus, Malva.
4. Les Astéridées : gamopétales évoluées
Les Astéridées réunissent les Eudicots supérieures sympétales (gamopétales) et se divisent en Astéridées archaïques, Lamiidées et Campanulidées. Chez les archaïques figurent les Éricacées (126 genres, 4 000 espèces), arbustes des sols acides à feuilles simples alternes et fleurs urcéolées ou campanulées, fruit en capsule, baie ou drupe : Arbutus unedo, l'arbousier (sasnou), et Erica arborea des subéraies du Rif. Les Oléacées, à feuilles opposées, corolle à 4 lobes et 2 étamines seulement, fruit en drupe, donnent l'olivier Olea europaea, pilier de l'agriculture marocaine.
Parmi les Lamiidées, les Lamiacées (environ 210 espèces au Maroc) sont immédiatement reconnaissables : tige quadrangulaire, feuilles opposées décussées, plante aromatique riche en huiles essentielles, fleur zygomorphe bilabiée, formule (5S) + (5P) + 4E didynames + (2C), gynécée à ovaire supère quadrilobé donnant un tétrakène ; thym, romarin, menthe, lavande, Thymus broussonetii. Les Solanacées, à fleur actinomorphe pentamère, (5S) + (5P) + 5E + (2C) et fruit en baie ou capsule, comptent la tomate, la pomme de terre, le piment et des espèces toxiques à alcaloïdes (Datura, Hyoscyamus). Les Apiacées (Umbelliferae, environ 160 espèces au Maroc), classées chez les Campanulidées, ont une tige creuse cannelée, des feuilles à gaine embrassante, une ombelle composée, un ovaire infère à 2 carpelles et un diakène : carotte, fenouil, coriandre, cumin, mais aussi la ciguë, mortelle.
Les Astéracées (Compositae) sont la première famille du monde avec environ 23 600 espèces, et la première au Maroc avec environ 500 espèces. Leur inflorescence est un capitule entouré d'un involucre de bractées, qui imite une fleur unique. Deux types de fleurons s'y combinent : les tubulés actinomorphes au centre et les ligulés zygomorphes en périphérie ; on distingue ainsi les capitules tubuliflores, liguliflores ou radiés. La formule est (5S transformés en pappus) + (5P) + (5E) synanthérées soudées par les anthères + (2C), l'ovaire est infère et le fruit est un akène souvent surmonté d'une aigrette assurant l'anémochorie. Exemples : tournesol, laitue, artichaut, chardons, Artemisia herba-alba des steppes de l'Oriental.
Androcée de six étamines dont quatre longues et deux courtes, caractère constant des Brassicacées.
Inflorescence dense de fleurons sessiles insérés sur un réceptacle élargi entouré d'un involucre, caractéristique des Astéracées.
Renflement racinaire des Fabales abritant des bactéries symbiotiques du genre Rhizobium fixatrices d'azote atmosphérique.
| Famille | Formule florale | Ovaire | Fruit | Exemple marocain |
|---|---|---|---|---|
| Fabacées | (5S) + 5P + (9+1)E + 1C, zygomorphe | Supère | Gousse | Retama, fève |
| Mimosacées | (5S) + 5P + nE + 1C, actinomorphe | Supère | Gousse | Acacia gummifera |
| Césalpiniacées | 5S + 5P + 10E + 1C, zygomorphe | Supère | Gousse | Ceratonia siliqua |
| Brassicacées | 4S + 4P + 6E + (2C) | Supère | Silique / silicule | Sinapis, chou |
| Malvacées | 5S + 5P + (10-n)E + 5C | Supère | Schizocarpe ou capsule | Malva, cotonnier |
| Lamiacées | (5S) + (5P) + 4E + (2C), bilabiée | Supère | Tétrakène | Thymus broussonetii |
| Apiacées | 5S + 5P + 5E + (2C), ombelle | Infère | Diakène | Carotte, fenouil |
| Astéracées | pappus + (5P) + (5E) + (2C), capitule | Infère | Akène à aigrette | Artemisia herba-alba |
Repères pour huit familles d'Eudicotylédones
- Paléodicots : tépales, spirale, polystémone, apocarpe — les caractères primitifs à citer.
- Fabales = gynécée à 1 carpelle + gousse + nodosités à Rhizobium ; Fabacées zygomorphes, Mimosacées actinomorphes, Césalpiniacées zygomorphes à 10 étamines libres.
- Brassicacées : fleur en croix, 6 étamines tétradynames, silique — un plan floral d'une constance remarquable.
- Lamiacées : tige quadrangulaire, feuilles opposées, fleur bilabiée, 4 étamines, tétrakène, plante aromatique.
- Astéracées : capitule, fleurons tubulés et ligulés, étamines synanthérées, ovaire infère, akène à pappus — première famille au monde et au Maroc.
C'est le chapitre le plus lourd en volume : révise-le sous forme de tableau, une ligne par famille avec formule, ovaire, fruit et exemple marocain. Les sujets demandent souvent de comparer deux familles voisines (Fabacées / Mimosacées / Césalpiniacées, ou Apiacées / Astéracées, toutes deux à ovaire infère). Pièges classiques : oublier que le capitule est une inflorescence et non une fleur ; annoncer un ovaire infère chez les Lamiacées alors qu'il est supère ; confondre silique et gousse, qui n'ont ni le même nombre de carpelles ni la même famille.