Biologie Maroc
Immunologie · S5 · Chapitre 1 sur 8

Introduction au système immunitaire

Lecture : 10 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Ce premier chapitre installe le vocabulaire et la logique de tout le module : ce qu'est l'immunité, comment la discipline s'est construite, de quoi le système immunitaire est fait et selon quels deux grands modes il répond à une agression. Les définitions et le tableau innée / adaptative de ce chapitre sont demandés presque systématiquement en début d'épreuve.

1. Immunité et immunologie : définitions

Le mot immunité vient du latin immunitas (dispense, exemption de charge : im-, négation, et munus, charge ou impôt). Il désignait à l'origine la résistance d'un organisme vis-à-vis d'un agent infectieux auquel il est exposé, puis la définition s'est élargie à l'ensemble des réactions tendant à éliminer des substances étrangères. En biologie et en médecine, l'immunité est la propriété de ne pas contracter une affection lors d'un second contact avec l'agent pathogène.

L'immunologie est aujourd'hui définie comme l'étude des défenses de l'organisme contre toute situation potentiellement délétère pour l'hôte. Elle recouvre deux missions complémentaires : combattre le non-soi (micro-organismes pathogènes, substances ou cellules étrangères) et éliminer les cellules du soi devenues stressées, endommagées ou dangereuses, comme les cellules tumorales ou infectées par un virus. La discrimination soi / non-soi est donc le principe organisateur de toute la matière.

2. Repères historiques

Le savant musulman Rhazès (Mohammed Ibn Zakaria al-Razi, 865-925) fut le premier à distinguer cliniquement la variole de la rougeole. En 1796, Edward Jenner montre que l'inoculation de la vaccine bovine protège l'Homme contre la variole : c'est la première démonstration de l'atténuation d'un germe par passage d'une espèce à une autre. Vers 1880, Louis Pasteur développe des vaccins contre le choléra des poules puis contre la rage, par atténuation de la virulence (chauffage, dessiccation) ; il est considéré comme le fondateur de la discipline.

Deux écoles s'affrontent ensuite. L'école cellulariste de Metchnikoff (1884) repose sur la découverte de la phagocytose ; l'école humoraliste de Von Behring et Kitasato (1890) et de Paul Ehrlich repose sur la découverte des anticorps. Jules Bordet décrit le complément en 1899. Le prix Nobel de médecine 1908, attribué conjointement à Metchnikoff et Ehrlich, consacre la réconciliation des deux visions : l'immunité est à la fois cellulaire et humorale.

3. Organisation générale du système immunitaire

Le système immunitaire (SI) est constitué d'un ensemble d'organes, de cellules et de molécules répartis dans tout l'organisme, qui coopèrent pour élaborer des réponses immunes capables d'éliminer les agents infectieux. Pour défendre l'hôte, il doit développer quatre propriétés : la reconnaissance de l'agresseur, des réponses effectrices variées, des boucles de régulation qui limitent les dégâts collatéraux et une mémoire immunologique qui rend la deuxième rencontre plus efficace.

Le SI protège l'organisme contre quatre grands groupes de pathogènes, définis selon leur habitat naturel et les mécanismes développés contre eux : les bactéries, parasites et champignons extracellulaires ; les bactéries et parasites intracellulaires ; les virus, obligatoirement intracellulaires ; et les vers parasites extracellulaires. La diversité des mécanismes de défense s'explique par la diversité des agresseurs : tailles très différentes, voies d'entrée multiples (peau, conjonctive, muqueuses respiratoire, digestive, uro-génitale), habitats variés et stratégies d'échappement nombreuses.

4. Immunité innée et immunité adaptative

L'immunité innée (ou naturelle, non spécifique) est présente avant tout contact avec l'agresseur. Elle repose sur les barrières naturelles, les phagocytes (macrophages, polynucléaires neutrophiles), les cellules dendritiques, les cellules NK, le complément et les cytokines de l'inflammation. Sa reconnaissance est sommaire : des récepteurs invariants, les PRR, repèrent des motifs moléculaires partagés par de larges familles de microbes. Elle intervient en quelques minutes à quelques heures et ne laisse pas de mémoire classique.

L'immunité adaptative (ou acquise, spécifique) repose sur les lymphocytes T et B, porteurs de récepteurs (TCR et BCR) engendrés par recombinaison génétique, donc extrêmement diversifiés et strictement spécifiques d'un épitope. Elle se met en place en plusieurs jours lors du premier contact, mais elle laisse des cellules mémoire qui rendent la réponse secondaire plus rapide, plus intense et de meilleure affinité. Les deux systèmes ne sont pas indépendants : les cellules de l'immunité innée présentent l'antigène et fournissent les signaux qui déclenchent l'immunité adaptative.

Définition — Système immunitaire

Ensemble d'organes, de cellules et de molécules distribués dans tout l'organisme, coopérant pour reconnaître et éliminer les agents pathogènes ainsi que les cellules du soi altérées.

Définition — Soi et non-soi

Le soi désigne l'ensemble des constituants propres à l'organisme, normalement tolérés ; le non-soi désigne toute structure étrangère susceptible de déclencher une réponse immunitaire.

CritèreImmunité innéeImmunité adaptative
DélaiMinutes à heuresPlusieurs jours (4 à 7 j)
SpécificitéMotifs partagés (PAMP)Épitope précis
RécepteursPRR, invariants, codés en lignée germinaleTCR et BCR, recombinaison V(D)J
DiversitéLimitéeTrès grande
MémoireAbsente au sens classiquePrésente (cellules mémoire)
ActeursBarrières, phagocytes, NK, complémentLymphocytes T et B, anticorps

Immunité innée et immunité adaptative

À retenir
  • Immunologie = étude des défenses contre le non-soi et contre les cellules du soi altérées.
  • Jenner (1796) et Pasteur (1880) fondent la vaccination ; Metchnikoff (cellulariste) et Ehrlich (humoraliste) reçoivent le Nobel 1908.
  • Le SI = organes + cellules + molécules ; il assure reconnaissance, effection, régulation et mémoire.
  • Quatre groupes de pathogènes selon l'habitat : extracellulaires, intracellulaires, virus, helminthes.
  • Innée = rapide, PRR, pas de mémoire ; adaptative = lente au début, spécifique, avec mémoire.
Ça tombe à l'examen

Les épreuves de S5 commencent presque toujours par une question de cours sur les définitions (immunité, immunogénicité, soi / non-soi) ou par le tableau comparatif innée / adaptative. Le piège classique est de présenter les deux immunités comme deux systèmes séparés : insiste au contraire sur la continuité, l'immunité innée conditionnant le déclenchement de l'adaptative via la présentation antigénique et les cytokines. Attention aussi à ne pas confondre immunité (état de protection) et immunisation (procédure qui l'induit).

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