Biologie Maroc
Biochimie approfondie · S6 · Chapitre 5 sur 8

Néoglucogenèse et métabolisme du glycogène

Lecture : 15 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Entre deux repas, l'organisme doit maintenir la glycémie pour les tissus glucodépendants. Ce chapitre couvre les deux voies qui y contribuent : la néoglucogenèse, qui fabrique du glucose à partir de précurseurs non glucidiques, et le métabolisme du glycogène, sa réserve de stockage à court terme — un sujet très présent aux examens de biochimie métabolique.

1. Définition, siège et précurseurs de la néoglucogenèse

La néoglucogenèse (ou gluconéogenèse) est l'ensemble des réactions qui synthétisent du glucose à partir de précurseurs non glucidiques : le pyruvate et le lactate, le glycérol issu de l'hydrolyse des triglycérides, et la plupart des acides aminés glucoformateurs. Chez l'homme, elle a lieu principalement dans le foie (environ 90 % du glucose néoformé) et accessoirement dans le rein ; elle est absente du muscle et du cerveau, dépourvus de glucose-6-phosphatase. Certains tissus strictement glucodépendants (cerveau, globules rouges, muscle en effort intense) ont besoin d'un apport continu de glucose que le foie assure à court terme par la glycogénolyse, puis, le jeûne se prolongeant, par la néoglucogenèse. Notez que l'acétyl-CoA issu de la dégradation des acides gras ne peut pas servir de précurseur glucidique : les acides gras ne sont donc pas néoglucogéniques.

2. Les trois réactions de contournement de la glycolyse

La néoglucogenèse n'est pas le simple inverse de la glycolyse : les sept réactions réversibles de la glycolyse sont conservées en sens inverse, mais les trois réactions irréversibles de la glycolyse sont contournées par d'autres enzymes, thermodynamiquement favorables dans le sens de la synthèse. Premier contournement, conversion du pyruvate en phosphoénolpyruvate en deux étapes : dans la mitochondrie, la pyruvate carboxylase (cofacteur biotine) carboxyle le pyruvate en oxaloacétate, aux dépens d'un ATP ; après navette du malate vers le cytosol et réoxydation en oxaloacétate, la phosphoénolpyruvate carboxykinase (PEPCK) décarboxyle et phosphoryle l'oxaloacétate en phosphoénolpyruvate, aux dépens d'un GTP. Deuxième contournement, la fructose-1,6-bisphosphatase hydrolyse le fructose-1,6-bisphosphate en fructose-6-phosphate, à l'inverse de la phosphofructokinase-1 glycolytique. Troisième contournement, la glucose-6-phosphatase, présente uniquement dans le foie et le rein (absente du muscle), hydrolyse le glucose-6-phosphate en glucose libre, qui peut alors être libéré dans le sang.

3. Bilan énergétique et régulation réciproque

La synthèse d'une molécule de glucose à partir de deux molécules de pyruvate est coûteuse en énergie : elle consomme l'équivalent de 6 liaisons phosphate riches en énergie (2 ATP pour la pyruvate carboxylase, 2 GTP pour la PEPCK, 2 ATP pour la phosphoglycérate kinase en sens inverse), ce qui illustre le principe général : la glycolyse produit de l'énergie, la néoglucogenèse en consomme. Les deux voies s'opposant, elles sont régulées de façon réciproque pour éviter un cycle futile : le fructose-2,6-bisphosphate, dont le niveau reflète l'état hormonal (glucagon vs insuline), active la phosphofructokinase-1 (glycolyse) et inhibe la fructose-1,6-bisphosphatase (néoglucogenèse) ; à l'inverse, un excès d'acétyl-CoA active la pyruvate carboxylase et favorise la néoglucogenèse.

4. Synthèse du glycogène : la glycogénogenèse

Le glycogène est un polymère ramifié de glucose (liaisons α-1,4 le long des chaînes, ramifications α-1,6 environ tous les 8 à 10 résidus), forme de stockage à court terme du glucose dans le foie et le muscle. Sa synthèse débute par l'activation du glucose-1-phosphate en UDP-glucose (UDP-glucose pyrophosphorylase), puis la glycogène synthase allonge les chaînes préexistantes en formant des liaisons α-1,4, à partir d'une amorce protéique, la glycogénine. Une enzyme branchante transfère périodiquement un segment de chaîne pour créer une ramification α-1,6, ce qui multiplie les extrémités non réductrices disponibles pour une croissance et une mobilisation rapides.

5. Dégradation du glycogène et régulation hormonale

La glycogénolyse libère du glucose-1-phosphate par l'action de la glycogène phosphorylase, qui clive successivement les liaisons α-1,4 depuis les extrémités non réductrices, et d'une enzyme débranchante qui élimine les ramifications α-1,6. Le glucose-1-phosphate est converti en glucose-6-phosphate (phosphoglucomutase) puis, dans le foie seulement (grâce à la glucose-6-phosphatase), en glucose libéré dans le sang ; dans le muscle, dépourvu de cette enzyme, le glucose-6-phosphate est utilisé sur place par la glycolyse. La balance synthèse/dégradation est sous contrôle hormonal antagoniste : le glucagon et l'adrénaline, via l'AMPc et la protéine kinase A, activent la glycogène phosphorylase et inhibent la glycogène synthase (par phosphorylation) — favorisant la glycogénolyse ; l'insuline a l'effet inverse et favorise la glycogénogenèse.

Définition — Néoglucogenèse

Voie métabolique hépatique (et rénale) qui synthétise du glucose à partir de précurseurs non glucidiques : pyruvate, lactate, glycérol, acides aminés glucoformateurs.

Définition — Glycogène

Polymère ramifié de glucose (liaisons α-1,4 et ramifications α-1,6), forme de stockage rapidement mobilisable de l'énergie glucidique dans le foie et le muscle.

ÉtapeEnzyme glycolytiqueEnzyme néoglucogénique
Pyruvate → PEPPyruvate kinase (sens inverse impossible)Pyruvate carboxylase + PEPCK
Fructose-6-P ⇌ F1,6BPPhosphofructokinase-1Fructose-1,6-bisphosphatase
Glucose-6-P ⇌ GlucoseHexokinase / glucokinaseGlucose-6-phosphatase (foie, rein)

Glycolyse vs néoglucogenèse : les trois points de divergence

À retenir
  • Néoglucogenèse hépatique (≈ 90 %) et rénale ; précurseurs : pyruvate, lactate, glycérol, acides aminés glucoformateurs — jamais les acides gras.
  • Trois contournements des étapes irréversibles de la glycolyse : pyruvate carboxylase + PEPCK, fructose-1,6-bisphosphatase, glucose-6-phosphatase.
  • Régulation réciproque via le fructose-2,6-bisphosphate : active la glycolyse, inhibe la néoglucogenèse.
  • Glycogénogenèse : UDP-glucose → glycogène synthase (liaisons α-1,4) + enzyme branchante (α-1,6).
  • Glucagon/adrénaline (AMPc, PKA) activent la glycogénolyse et inhibent la glycogénogenèse ; l'insuline fait l'inverse.
Ça tombe à l'examen

Les trois réactions de contournement de la glycolyse, avec leurs enzymes exactes, tombent presque systématiquement. Piège classique : croire que le muscle peut libérer du glucose dans le sang (il en est incapable, faute de glucose-6-phosphatase) ou inverser les effets du glucagon et de l'insuline sur la glycogène synthase et la glycogène phosphorylase.

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