Biologie Maroc
Chimie générale · S1 · Chapitre 2 sur 8

Le modèle de Bohr et le spectre de l'atome d'hydrogène

Lecture : 11 min·Rédigé par l'équipe Biologie Maroc·Mis à jour : août 2026

Pourquoi l'hydrogène excité n'émet-il que quelques couleurs bien précises ? Le modèle de Bohr (1913) répond en quantifiant l'énergie de l'électron. Ce chapitre relie le spectre de raies, la formule de Ritz et l'expression En = −13,6/n2 eV — la formule la plus utilisée dans les exercices d'atomistique du S1.

1. Le spectre d'émission de l'hydrogène

Au repos, la matière n'émet rien ; excité par une décharge électrique, l'hydrogène émet une lumière qui, dispersée par un prisme, ne donne pas un arc-en-ciel continu mais un spectre de raies discontinu. Dans le visible, quatre raies constituent la série de Balmer : rouge (656 nm), bleu (486 nm), indigo (434 nm) et violet (410 nm). Balmer (1885) puis Ritz (1908) ont montré que toutes les raies obéissent à une loi empirique unique, la formule de Ritz : 1/λ = RH (1/n2 − 1/m2) avec m > n, où RH ≈ 1,097 × 107 m−1 est la constante de Rydberg. Chaque valeur de n définit une série : n = 1 Lyman (UV), n = 2 Balmer (visible), n = 3 Paschen, n = 4 Brackett et n = 5 Pfund (infrarouge).

2. Les postulats de Bohr

En mécanique classique, un électron en orbite circulaire rayonnerait continûment et s'écraserait sur le noyau : l'énergie serait une fonction continue du rayon, incompatible avec un spectre discontinu. Bohr pose donc trois hypothèses. Premier postulat : l'électron ne peut occuper que certaines orbites circulaires stationnaires, sur lesquelles il ne rayonne pas. Deuxième postulat : sur ces orbites, le moment cinétique est quantifié, m·v·r = n·h/2π avec n entier. Troisième postulat : l'atome n'échange de l'énergie que lors d'une transition entre deux niveaux, en absorbant ou en émettant un photon d'énergie ΔE = Em − En = hν = hc/λ (théorie des quanta de Planck, h = 6,63 × 10−34 J·s).

Définition — Quantification de l'énergie

Propriété selon laquelle l'énergie d'un électron lié ne peut prendre que des valeurs discrètes, repérées par un nombre entier n. Entre deux niveaux, il n'existe aucun état permis.

3. Rayon et énergie des orbites

En égalant la force électrostatique de Coulomb et la force centripète, puis en imposant la condition de quantification, on obtient pour l'hydrogène un rayon rn = a0 × n2 avec a0 ≈ 0,529 Å (rayon de Bohr), et une énergie En = −E0/n2 = −13,6/n2 eV. Le signe négatif traduit un électron lié : l'énergie de référence E = 0 correspond à l'électron arraché à l'infini. Ainsi E1 = −13,6 eV (état fondamental), E2 = −3,4 eV, E3 = −1,51 eV, E4 = −0,85 eV : les niveaux se resserrent quand n augmente. L'énergie d'ionisation de l'hydrogène vaut E − E1 = 13,6 eV (1 eV = 1,6 × 10−19 J).

Le modèle retrouve théoriquement la formule de Ritz : ΔE = 13,6 (1/n2 − 1/m2) eV, et la constante de Rydberg calculée coïncide avec la valeur expérimentale — d'où le succès historique du modèle. Exemple à savoir refaire : la transition 3 → 2 libère E3 − E2 = 1,89 eV = 3,02 × 10−19 J, soit λ = hc/ΔE ≈ 656 nm, la raie rouge de Balmer.

4. Extension aux hydrogénoïdes

Un hydrogénoïde est un ion ne possédant qu'un seul électron autour d'un noyau de charge +Ze : He+, Li2+, Be3+… La démonstration de Bohr reste valable en remplaçant e2 par Ze2, ce qui donne En = −13,6 × Z2/n2 eV et rn = a0 × n2/Z. Pour He+ (Z = 2), l'énergie d'ionisation vaut donc 13,6 × 4 = 54,4 eV. Le modèle échoue en revanche dès qu'il y a plusieurs électrons : les répulsions interélectroniques ne sont pas prises en compte.

SérieNiveau d'arrivée nDomaine
Lyman1Ultraviolet
Balmer2Visible
Paschen3Infrarouge
Brackett4Infrarouge
Pfund5Infrarouge

Les séries spectrales de l'hydrogène

5. Limites du modèle et passage à la mécanique ondulatoire

Le modèle de Bohr n'explique ni l'intensité des raies, ni leur dédoublement en champ magnétique, ni le spectre des atomes polyélectroniques. De Broglie (1924) associe à toute particule une onde de longueur λ = h/(m·v) ; Heisenberg montre qu'on ne peut connaître simultanément position et vitesse de l'électron avec précision. La notion de trajectoire disparaît au profit d'une probabilité de présence décrite par la fonction d'onde de Schrödinger : c'est le modèle quantique du chapitre suivant. Les résultats énergétiques de Bohr pour l'hydrogène restent toutefois exacts.

À retenir
  • Spectre de raies discontinu → énergie quantifiée ; formule de Ritz 1/λ = R_H (1/n² − 1/m²).
  • Postulats de Bohr : orbites stationnaires, m·v·r = n·h/2π, transitions avec ΔE = hν.
  • Hydrogène : Eₙ = −13,6/n² eV, rₙ = 0,529 × n² Å ; énergie d'ionisation = 13,6 eV.
  • Hydrogénoïdes (un seul électron) : Eₙ = −13,6 × Z²/n² eV.
  • Séries : Lyman (n = 1, UV), Balmer (n = 2, visible), Paschen (n = 3, IR).
Ça tombe à l'examen

Exercice type : calculer la longueur d'onde d'une transition (souvent 3 → 2 ou 2 → 1), identifier sa série, puis calculer l'énergie d'ionisation d'un hydrogénoïde. Pièges : oublier de convertir les eV en joules avant λ = hc/ΔE, inverser n et m dans la formule de Ritz, ou appliquer Eₙ = −13,6/n² à un atome à plusieurs électrons. Vérifie toujours que ΔE est positif pour une émission.

Le cours complet en PDF21 cours magistraux de professeurs à lire et télécharger — gratuit avec ton compte étudiant.
Voir les PDF du module